• Procès d'intentions

      Procès d’intentions :   Depuis deux ans et même plus, j’essaie d’obtenir un moment, une heure, voire une soirée.

    En vain, aux dernières nouvelles, tu as vaguement un créneau aux alentours de décembre si toutefois tu n’es pas requis pour langer le marmot qui va se les geler au fin fond de la crèche.  Je voudrais bien te harceler mais vois-tu nos plannings ne correspondent pas vraiment.  Si je bosse, je ne peux le faire qu’à certaines heures (celles où tu n’y es pas).

    Ton répondeur donnant l’impression que tu enregistres tes messages dans le fond d’une baignoire remplie à ras bords il faut avouer que cela refroidi les ardeurs du travailleur. Donc, je me dis que pour un viol, va falloir s’organiser ! Par téléphone c’est rapide mais pas vraiment pratique. De plus je doute de l’efficacité de la méthode. Reste le hasard calculé : «  Tiens, que fais-tu dans le coin ? Non… t’habites là, toi ? »  Bref, n’importe quoi. Cela prend du temps, bouffe de l’énergie et ne fonctionne que dans le cas d’un ennui viscéral chez la victime.  Sachant à quel point les grands garçons de ton âge sont fragiles, il est important de les traumatiser prudemment.

     Le style : « Bonjour, Monsieur, c’est pour un viol ». La chose n’est pas toujours bien comprise, il convient donc de travailler la forme (le fond étant toujours le même depuis des millénaires).  On peut dans un premier temps convier la victime potentielle à dîner.  Lors du repas, on s’attachera à s’informer sur les détails futiles qui changent tout (Es-tu ceinture noire de judo ? 3ème Dam de karaté ? As-tu des relations dans la magistrature, les commissariats ?)

     Donc ayant épuisé tous les lieux communs d’une conversation habilement dirigée vers le plumard, il convient de mettre tous les atouts de son côté : dose d’alcool massive (mais pas trop, car certains effets secondaires poussent le Monsieur dans les bras de Morphée et l’on ne fait pas tout ça pour transformer de farouches hétéros en homos occasionnels.)  Glisser dans la conversation des phrases à haute teneur philosophique : « On ne vit qu’une fois », « y’a pas d’mal à s’faire du bien » etc…  C’est vrai, quoi, l’Homme a besoin qu’on le rassure, qu’on le conforte dans ses pensées. Ne pas commettre l’erreur d’annoncer tout de go : «  T’es là, tu discutes, t’as pas l’impression que tu serais plus désiré dans la piaule d’à côté ? » ou bien encore : « Bon, tu peux venir prendre un dernier verre chez moi, mais tu ne fumes pas au lit ».  Là, c’est sûr le Monsieur va s’effaroucher, du style : « Je ne suis pas celui que vous croyez ! ». De plus, si l’on veut soigner sa réputation il faut des champagnes et des divans profonds : Bref des dépenses écrasantes !

    La jouer camping cela fait jeune mais oh combien moins élégant. Non, quand il n’est pas spontané, dirigé essentiellement contre un inconnu, le viol est un art difficile.  Aussi, et pour les raisons ci-dessus énoncées, je vais la jouer romantique version fin 19ème (siècle pas arrondissement) et me contenter du téléphone que tu détestes mais que j’adore.

    C’est moins sexuel mais après tout cela permet d’excellents délires….   Si tu changes d’avis, je te rappelle que l’escalier de mon immeuble est plus étroit qu’une pensée du front national et plus raide qu’une décision gouvernementale.