• Le Mauvais coucheur (Laurent H)

    Laurent H ou la beaufitude assumée.

     Ben quoi ? Ça  arrive non ? Il en fallait un, c’est fait !

     D’abord, il y a eu ce contact téléphonique professionnel.

    L’homme était charmant, gentil, intéressant, plaisant. Il a rappelé, je l’ai rappelé. Une dragouille sympathique s’est installée.
     

    Et puis ? Et puis je l’ai invité.

    Et ? Il est venu.

    Ah ? Alors ?

     D’abord, il est derrière la porte et il téléphone, m’obligeant à retourner dans le séjour pour répondre et…aller ouvrir la porte.

    L’intérêt de la manœuvre ? Je ne sais pas mais lui trouve l’idée géniale.

    Bon là, j’ouvre.

    J’aurais dû refermer violemment. Imaginez dans l’encadrement de ma porte, un type…un type euh…un gros mais alors gros, grand, le cheveu en voie d’extinction sur le sommet de son crâne. Ouah, habillé comme un sac (ou avec un sac ?).

     D’abord, première alerte, il s’installe pour le week-end et en un temps record fout un bordel sans nom dans l’appart. Il repère vos DVD et entreprend illico de les copier. Saisissant au passage celui que vous veniez d’acheter pour offrir, jetant sans vergogne l’emballage sur le sol, et ironisant sur votre réaction.

     L’homme s’était décrit comme un aventurier. Sa soif de découvertes et de visites de grands horizons n’avait pas de limite. Pas de bol, l’aventurier est fatigué, mais alors vraiment fatigué, tellement fatigué que ça ponctue toutes ses phrases.

    Notre aventurier si avide de culture, de rencontres, de paysages nouveaux se gausse lorsque je lui fais visiter ma région.

    Chez lui à St Lô c’est mieux, c’est plus beau, plus propre, les gens sont plus intéressants,  plus, plus…et replus, et puis il est fatigué.
     

    Bon, notre beauf va chez le coiffeur et il se montre royal et généreux envers le petit personnel (en me taxant le pourboire pour l’employé), il m’offre un café (qu’il me remboursera…un jour), me prépare le repas (70 € de ma poche), m’ « emprunte » tout ce qui lui plaît, (y compris une clé USB dont on sait le coût).

    Au total en trois week-ends il m’est revenu à cent euros.
     

    Et notre Beauf ne s’arrête pas en si bon chemin. Notre Beauf est prétentieux. Lorsque d’aventure vous utilisez un mot qu’il ne connaît pas, il vous assène un « c’est un mot que tu as appris aujourd’hui, ça ? » Ce qui me laisse pantoise vu que j’utilise un vocabulaire normal.

     De plus, comble de la beaufitude ordinaire, il fume et pour ne pas se comporter comme un porc en jetant ses mégots par la fenêtre, il les jette…dans les balconnières : le gros porc à domicile quoi ! 

    Et cerise sur le gâteau : il tient un blog narrant sa vie sexuelle (environ 2 000 voyeurs en moins de huit jours). Bon, lorsqu’on n’est pas concerné l’histoire est navrante, classique voire affligeante et l’exhibitionniste décevant,  cependant lorsqu’on a une petite place dans le scénario….

     Et je complète le tableau : Lorsqu’au bout de quelques semaines j’ai interrompu ce qui n’aurait jamais dû commencer. Il se gausse, se paie ma tête et conclue : « ah oui ! Si tu me quittes c’est uniquement pour avoir le dernier mot !" 

    Lamentable, ce garçon de café reconverti dans le noble métier de pompiste a les neurones coincés dans une station service et sa nouvelle évolution de carrière n’y changera jamais rien.

    « Prolo » jusqu’au bout des ongles, jusqu’au moindre repli de graisse de son corps sans grâce.

    Pourquoi ne pas l’avoir jeté de suite, surtout que ses visites m’importunaient. Je n’avais jamais envie de le voir, et voyais souvent avec soulagement la fin du week-end.

    Bon peut-être pour son petit talent au lit. Mais quand je pense à ses coups de butoir de besogneux affairé et consciencieux ahanant d’un plaisir hypothétique et d’autosatisfaction satisfaite. J’en viens à me demander si je n’ai pas vécu là un drame ordinaire de la solitude non assumée.