• La Chambre d'Hôtel

    La chambre d’hôtel


    Ah les déplacements..

    Les chambres d’hôtel retenues par l’agence de voyage de la boîte…

    Ah…les jolis souvenirs que ça fera, et les sujets de conversation inépuisables entre collègues. De celui qui narre sa folle nuit dans un hôtel borgne de Paris, à cet autre que l’on a dirigé vers un claque patenté, ah, les folles nuits de déplacements professionnels.
     Pour moi, une mésaventure hôtelière c’était une chambre pas terrible, bruyante ou limite crade. Mais ce coup-ci ouah !!! J’ai été gâtée.

    D’abord, je trouve relativement facilement, ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille.
     Au début, je ne prête guère attention au lit qui s’enfonce, un peu mou, un peu…
    Donc je me couche les draps sont propres, enfin plus que le plafond qui semble en avoir assez de l’altitude et être désireux de changer d’orientation professionnelle : «  et pourquoi pas le sol ? » semble–t-il me demander.
    « Oui, pourquoi pas » songez-vous l’œil aux aguets.

    Donc, je m’allonge et ferme les yeux en quête de cette douce lassitude qui mène à l’oubli réparateur.

    Un vrombissement incessant me gène, me dérange. Qu’est-ce ? C’est quoi ce bruit ? Oh mais c’est une très bonne nouvelle. Ce bruit c’est la certitude que je ne serai pas en retard à la formation du lendemain. Ce bruit, c’est le métro parisien : il arrête à minuit et reprend à six heures, cool !!
     Avec beaucoup de volonté je parviens au dodo. C’est alors que le matelas, tel un sable mouvant, se creuse m’obligeant à une intéressante euh…remise en question ??

    Profitant de mon demi sommeil, les ressorts en rang par quatre impriment la marque de leur passage sur mon dos, mes épaules, mon fessier. La toile à matelas ne voulant pas être en reste, se déploie, de droite et de gauche, en se creusant de plus en plus vers l’intérieur.

    Pour ce matelas démoniaque c’est l’heure de son dîner, il se sent prêt à engloutir sa proie.

     C’est ainsi que pendant une bonne partie de la nuit, j’ai pu faire de l’escalade d’un côté à l’autre du lit pour m’échapper et ne pas me faire engloutir par cette literie des plus voraces.
     
    Vaincue par tant d’exercices nocturnes, je vois le jour presque avec soulagement. Et quand vient le moment de s’extirper du lit,  j’entre illico dans la douche.
     J’ai à peine le temps d’entonner « Laisse moi vivre ma vie » que le décrochage intempestif de la pomme de douche me pousse à chanter « Seigneur j’arrive » et ce à réception de celle-ci sur mon crâne dûment savonné.

     Sortant de la douche, dont le pédiluve a quand même un peu de difficulté à se séparer de son eau, je prends à tâtons la serviette blanche.
    Le porte-serviette en acier assurant quant à lui le décrochage suivant, vient s’abattre sauvagement sur mes orteils. Lesquels se retrouvent à patauger tristement dans l’eau répandue sur le sol en même temps qu’elle me rinçait.

    Mes fringues jetées avec désinvolture sur le sol se retrouvent réduites au rang de serpillière.
    Le petit déjeuner servi par un cerbère mal réveillé voit un café de cantine projeté, pour être sympa je dirais « déposé énergiquement, très énergiquement » devant moi sur un papier déjà tâché.
    Bref, quand j’arrive en avance (on se demande pourquoi ?), c’est pour apprendre que la formation qui devait absolument commencer à l’heure va démarrer avec une heure de retard. Et là, je me dis que j’aurais pu dormir chez moi, et prendre un train à une heure normale. Et dormir vraiment, dans un vrai lit, dans une vraie chambre.

    Aussi, lorsque le formateur me demande pourquoi je suis de mauvaise humeur et que "si je veux et ben qu’on peut en causer ailleurs pour crever l’abcès",  j’ai même pas envie de répondre. Nan…j’ai envie de dormir.
     

    Surtout qu’en prime tout le monde me félicite pour ma sale tronche ...